Mardi 18 décembre 2007 2 18 /12 /Déc /2007 21:03
 

Ce soir j’ai le cœur lourd. Les larmes dans les yeux, la boule qui serre ma gorge. J’en veux à la vie, au monde entier, de me faire souffrir ainsi.

 

Aujourd’hui est un jour pas comme les autres.

 

Je devais ce matin être à la gare de la part dieu, à Lyon, à 10h51 exactement. Pourquoi faire ? Rencontrer pour la première fois de ma vie, ma petite sœur de cœur. Cette jeune personne que je côtoie chaque jour depuis cela des mois maintenant, par mail, par téléphone, par courrier. Pas un jour sans un mot, sans une phrase, sans un signe, sans une pensée l’une pour l’autre. Pas un jour où l’on ne s’est pas épaulée, où l’on n’a pas échangé…

 

Elle fait partie de ma vie, même si cela semble fou, autant que Thierry et mes enfants, ou les personnes de ma famille, mes proches, mes amis. Elle est même plus que cela pour moi. Car tout à la fois en fait. Ma petite sœur, mon Amie, ma confidente, celle qui m’écoute, celle qui peut m’entendre (car plus neutre parfois que les gens qui me sont trop proches), celle qui me comprend, celle qui me conseille, celle qui à tout moment m’aide à me relever quand le combat devient trop dur et que je me retrouve au sol. Elle était « là » le 9 février quand j’ai voulu partir, elle était là ensuite quand j’ai été hospitalisée, elle est toujours restée, m’a attendue, m’a accompagnée dans cette terrible épreuve.

 

Elle-même dans l’anorexie depuis des années, elle se bat au quotidien contre ses troubles. Ces derniers temps, son état s’était aggravé et elle était au plus mal. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on a souhaité nous rencontrer. Parler autrement que derrière un écran d’ordinateur ou à l’autre bout d’un téléphone… Elle voulait me voir, que je lui parle plus dans le détail de mon hospitalisation, de ce qui s’y est passé réellement, que je l’a rassure, que je l’aide dans sa décision éventuelle quant-à faire ce même choix que le mien, qu’elle me voit, qu’elle se rende compte que l’on peut aussi vivre bien (et même mieux !) à 59 kilos (mon poids actuel) plutôt qu’à 43 ou 45… Elle voulait que l’on parle de nous, de nos vies, de nos parcours…

 

Elle habite très loin, mais on avait réussi enfin à convenir de cette rencontre. Toutes les deux nous avions nos billets de train en poche, une chambre d’hôtel réservée à Lyon pour nous ce soir… Cela faisait des semaines que je pensais à ce moment. J’imaginais déjà l’instant où elle arriverait sur le quai de la gare ! J’attendais cela, tel un petit qui attend le passage du père-noël ! Ca allait être MON père-noël, et mon plus beau cadeau…

 

Seulement, une fois encore, la vie en a décidé autrement. Ma petite sœur m’a fait savoir hier qu’elle avait craqué complètement, et qu’elle devait être hospitalisée d’urgence… tout comme j’ai dû l’être le 9 février. Annulation bien évidement de son voyage, de notre rencontre…

 

Mon rêve s’est effondré. L’impression que ma vie toute entière s’était écroulée avec ! Ce n’est pas encore pour cette année le cadeau de noël !

Je me retrouve avec mes billets train dans la main, le cœur lourd de peine, de souffrance, d’injustice. Je souffre de savoir ma petite sœur dans un tel état. De ne pas avoir réussi aussi à l’empêcher d’en arriver là, même si je sais pertinemment qu’à ce stade de la maladie, personne ne peut rien faire. J’ai tenté des dizaines de fois de la convaincre d’une prise en charge en milieu hospitalier, sachant très bien qu’elle n’arriverait jamais à s’en sortir toute seule. Mais comme je l’ai moi-même si souvent pensé et cru, elle me disait qu’elle allait se ressaisir et que ça irait, qu’elle allait tenir, aller mieux…

 

On ne peut pas aller mieux, on ne peut pas guérir de ces troubles par simple souhait ou volonté de le faire. C’est tellement plus profond ! Cela me permet de rappeler à quel point on peut alors comprendre que l’anorexie-boulimie n’est pas un caprice, un moyen d’ennuyer les autres, d’attirer l’attention, ou un simple désir de vivre autrement que les autres ou même de maigrir ! C’est une maladie grave dont on ne peut se sortir sans l’aide sérieuse de professionnels de santé, très compétents dans ce domaine.

 

J’ai mal ce soir de la savoir partie… Même si d’un autre côté je me sens plus « rassurée » car je sais qu’au moins, elle va être prise en charge à minima dans un premier temps, et éviter le pire. J’aimerais pouvoir aller la voir mais c’est bien sur impossible. La serrer contre moi, la soutenir, la « relever » après ce combat mené ces derniers mois qui l’a mise au sol… tellement blessée qu’elle ne pouvait plus se redresser.

 

Cette maladie est un enfer, qui vous donne des coups en permanence et vous épuise, vous détruit, vous marque, vous laisse des blessures atroces qui mettront des années à s’effacer. Si un jour elles s’effacent ! Cette maladie est un démon qui vous envahi et ne vous lâche jamais. Quelles que soient les thérapies utilisées, les moyens de combattre ce mal… Il faut lutter en permanence, continuer encore de se battre chaque jour, même après les soins…

 

Ce que je fais au quotidien, malgré les 5 mois d’hospitalisation et 6 mois passés depuis. Elle est toujours là, elle sommeille, elle guette… Et à la moindre faille que vous lui laissez, oubliant par moment qu’elle est toujours présente… elle ressurgit ! Heureusement, la thérapie faite lors de mon hospitalisation m’a permis d’apprendre à réagir dans de telles circonstances. Alors quand il m’arrive de me faire surprendre, même si je me prends un coup comme je dis (car cela se produit, oui, inévitablement. Toujours) je réussis malgré tout à me relever, et à combattre avec une telle énergie que je conserve pour l’instant la victoire. Le démon, vaincu, se rendort… et me laisse un peu en paix. Jusqu’à la prochaine fois !

 

Ma petite sœur en tout cas je suis avec toi, en permanence ; Par la pensée, par mes sentiments, par les maux que je partage du fait que je ressens tout ce que tu vis, par les messages laissés, les appels… Tout comme tu l’as fait, je t’attendrai. Aussi longtemps qu’il le faudra je resterai. Je serai toujours là.

 

Et un jour, sur le quai de la gare, je te serrerai dans mes bras. Je te le promets.

 

Alors petite sœur, accroche-toi et surtout… ne me laisse pas.

Par Justine - Publié dans : Archives 01 à 12/2007
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