Mardi 28 mars 2006
Aujourd’hui, je n’ai qu’une envie. Hurler ! A pleins poumons ! J’aimerais pouvoir aller au plein milieu d’un champ, où personne ne pourrait me voir ni m’entendre, et crier de toutes mes forces. Faire sortir par des sons toute la haine que j’ai au fond de moi, toute cette amertume envers la vie et surtout envers toi, ma pire ennemie… Je suis lasse et j’en ai marre de tout. Chaque jour, j’essaie de me persuader qu’il faut apprendre à vivre à tes côtés, à supporter le poids de tes maux, à te laisser partager mon quotidien, mais en vain. Je n’arrive pas à accepter. D’ailleurs, comment peut-on supporter une telle chose ? A moins d’adhérer à cela, de se complaire dans cette maladie, d’y trouver du bon et d’y prendre plaisir… Ce n’est pas mon cas. Je ne sais toujours pas pourquoi cela m’est tombé dessus. Je ne comprends toujours pas pourquoi c’est moi que tu as choisie. Je ne veux rien de tout cela et ne demande qu’une chose, vivre à nouveau comme avant, ne plus souffrir, ne plus me poser de questions en rapport avec la nourriture, manger normalement, comme avant… Retrouver ma joie de vivre, mon dynamisme, mon appétit, mon sourire, mon sommeil, mon poids, les bons repas que j’aime tant, les plaisirs simples… Sortir de ce cauchemar… J’aimerais tellement me réveiller un matin et me rendre compte que tout cela n’était qu’un mauvais rêve ! Pouvoir écrire un jour à mon corps, ces quelques phrases :
« Bonjour mon corps,
C'est à toi que je veux dire aujourd'hui, combien je te remercie,
de m'avoir accompagné si longtemps sur les chemins de ma vie.
Je ne t'ai pas accordé l'intérêt, l'affection ou plus simplement le respect
que tu mérites. Souvent, je t'ai même maltraité, matraqué de reproches violentes, ignoré par des regards indifférents, rejeté avec des silences pleins de doutes.
Tu es le compagnon dont j'ai le plus abusé, que j'ai le plus trahi.
Et aujourd'hui, au mi-temps de ma vie, un peu ému, je te redécouvre avec tes cicatrices secrètes, avec tes lassitudes, avec tes émerveillements et tes possibilités.
Je me surprends à t'aimer, mon corps, avec des envies de te câliner, de te choyer ou te donner du bon. J'ai envie de te faire des cadeaux uniques, de dessiner des fleurs et des rivières sur ta peau, de t'offrir du Mozart, de te donner les rires du soleil et de t'introduire aux rêves des étoiles. Tout cela à la fois dans l'abondance et le plaisir.
Mon corps, je te suis fidèle. Oh, non pas malgré moi, mais dans l'acceptation profonde de ton amour. Oui, j'ai découvert que tu m'aimais, mon corps.
Que tu prenais soin de moi, que tu respectais ma présence.
Combien de violences as-tu affrontées pour me laisser naître, pour me laisser être, pour me laisser grandir avec toi! Combien d'accidents as-tu traversés pour me sauver la vie !
Mon corps, maintenant que je t'ai rencontré, je ne te lâcherai plus. Nous irons jusqu'au bout de notre vie commune... et quoi qu'il arrive, nous vieillirons ensemble. »
J’aimerais pouvoir…, lui chanter ces mots. J’aimerais tellement.
Samedi 25 mars 2006
Je pèse 47kg900… Je souffre, j’ai mal, partout, j’ai faim. Tellement faim et envie de manger. Je pleure…
Mercredi 22 mars 2006
Je pèse ce matin 48kg900, après m’être privée de tout depuis 2 jours… Il faut que je continue, à lutter contre les crises de boulimie, et ne manger que ma salade et mes endives cuites à l’eau. Il faut tenir, pour perdre toutes ces formes disgracieuses.
Dimanche 19 mars 2006
Deux mois ½ que je m’étais refusée à écrire sur ces pages blanches. Je ne le voulais plus, car je pensais ainsi être capable de t’oublier, complètement. Je ne voulais plus rien avoir à raconter ici.
Seulement aujourd’hui, j’ai une fois encore besoin d’hurler, de me livrer, de raconter. Et je crois qu’il est important de le faire ici. De mettre une suite malheureusement à cette histoire qui n’a pas encore trouvé de fin. Car tu es toujours là, présente plus que jamais, et de plus en plus destructrice et nocive. Tu as su user de tes atouts pour une fois encore combattre et me vaincre. Au moment où enfin je croyais remporter la victoire, la vraie, et vivre sans toi… Au moment où j’avais réussi à remanger, petit à petit, de tout. Reprendre du poids, reprendre du plaisir à m’alimenter, à goûter ces aliments que j’aime tant. Je me croyais sortie de cet enfer que tu m’avais fait subir et j’étais convaincue que la guérison était enfin arrivée. Tout cela grâce au travail psychologique entrepris, grâce à mes proches (Thierry et les enfants qui m’ont toujours soutenue), et grâce à un week-end inoubliable, de rêve (le 24/02/2006) qui m’a permise de voir les choses autrement et a déclenché chez moi comme un déclic vers la fin de la maladie. J’étais bien, et je me sentais heureuse comme jamais je ne semblais l’avoir été depuis des mois. Quelle douceur agréable que de déguster un tel bonheur.
Seulement voilà. Il y a fallu que tu réapparaisses, plus tenace que jamais, avec une autre arme cette fois. La crise de boulimie. Pire encore que le refus de manger que tu m’as imposé, tu m’obliges à me gaver, comme une oie, à ingérer des tonnes de nourriture sucrée, vite, toujours plus vite et toujours en plus grande quantité. Je pèse aujourd’hui 50kg600 ! ! Je suis horrible, énorme, telle une truie qui n’arrive à peine à se traîner… Je ne peux expliquer ce que je ressens. Je suis envahie par un sentiment de vide immense et d’impuissance totale. Mon besoin de manger sans même avoir faim est une pulsion que je vis tel un envoûtement. Comme une droguée, j’ai besoin de mes crises avec ma dose de nourriture pour pouvoir me défouler, et surtout ne pas exploser tant je vis sous pression. Sous TA pression, imposée depuis déjà tellement longtemps. J’ai beau limiter les dégâts par les vomissements, les laxatifs, ou le jeûne ensuite, je suis écrasée par la culpabilité. Le pire, c’est que j’ai même l’impression d’être enfin moi-même pendant les crises, car à ce moment là, je ne porte plus le masque de la gentille Géraldine, je me lâche complètement. J’exprime alors ma rage, ma violence et mes frustrations. Je souffre tellement. Avec toutes ces idées noires qui me harcèlent au point de vouloir que tout cela cesse, tant je ne supporte plus et suis dégoûtée par mes pulsions, mon corps. Dans ces deux troubles (anorexie boulimie), j’ai la sensation d’être constamment en faute. Je m’autocritique en permanence et me dévalue à un point tel que je suis même plus capable de me regarder en face...
C’est tellement difficile. Un déchirement intérieur à chaque seconde. Il faut à tout prix que je reperde ces kilos. Je ne peux rester ainsi…
Mercredi 4 janvier 2006
J’en ai vraiment marre de toi. Je pèse ce matin
Je crois que ce sera la meilleure des solutions pour me détacher de toi, et ne plus être obligée de répondre à tes exigences. Ne plus subir tes oppositions, tes contraintes et ta façon si pernicieuse de m’imposer tes volontés, m’imposer la façon de me nourrir, de dormir… Je ne veux plus que tu décides pour moi et je veux vraiment trouver la force et la volonté de te combattre pour enfin me délivrer et retrouver toute liberté. Liberté de manger à ma faim et ce que j’aime tant, liberté de dormir quand je le souhaite et suffisamment longtemps, liberté de ma force physique et de ce que je peux par conséquent ou veux faire de mon corps, de ma respiration… Liberté enfin, de penser comme je le souhaite et non d’avoir en permanence l’esprit occuper par tout ce que tu m’apportes. Liberté aussi de retrouver mon entourage confiant et plus contraint de cautionner et supporter tous tes inconvénients.
Je ne veux plus écrire sur ce journal, car je suis bien décidée à t’oublier, définitivement. Tu ne fais plus partie de ma vie. Les photos ci-dessous, prises avec un poids de 45kg800, seront les dernières de moi ainsi…
Mardi 3 janvier 2006
Que d’angoisse ce matin quand j’ai du quitter la maison après 15 jours de vacances tellement agréables avec les miens, et ces moments partagés tellement chouettes ! Il faut remettre le petit loulou chez la nounou, repartir dans le rythme infernal qu’impose le collège des filles et tout le reste, et surtout… se remettre au travail, en plus à 80% au lieu de 50, et sur une activité totalement nouvelle ! Stress maximum au rendez-vous ! Je sens dès le matin que j’ai terriblement faim. C’est drôle, car je n’avais pas eu cette sensation depuis longtemps. J’ai peur. Peur de ne pas gérer la situation, d’être à la hauteur sur mon lieu de travail, de ce qu’il va se passer… je me sens terriblement paniquée.
La journée se passe malgré cela plutôt bien. Pas de problème majeur relatif au boulot, et même un bilan plutôt positif. J’ai été très bien accueillie, installée, et connais déjà l’ensemble des missions qui vont me revenir et que je vais devoir apprendre. Je suis heureuse de cette première journée finalement. Mais paradoxalement, je n’arrive pas à gérer la faim liée au stress inévitable malgré tout. Je sens la crise de boulimie arriver pour ce soir ! Non, il ne faut surtout pas. Vers 18H, je me sens déjà très contrariée car j’ai mangé aujourd’hui bien plus que d’habitude, n’ayant réussi à calmer réellement mes pulsions alimentaires. Je sais que je suis déjà en dépassement de calories, et qu’il va falloir ne rien manger ce soir, si je ne veux pas risquer la prise de poids. Je me sens mal mentalement et j’ai vraiment la crainte de ne pas pouvoir assumer les difficultés à venir. J’ai besoin de décompresser de cette journée forte en stress et tension, pendant laquelle j’ai tant pris sur moi et fait tellement d’effort pour qu’elle soit une réussite. Je veux pouvoir relâcher la pression maintenant. Je mange un peu en arrivant du coup, histoire d’être moins frustrée et d’arriver à être un peu mieux. Mais rien n’y fait, au contraire. La faim me serre de + en + le ventre, et je me sens obligée de satisfaire ce désir de nourriture. La crise est inévitable et se passera ensuite à l’identique du lundi 19/12. Pas de vomissement possible, et des douleurs terribles dans l’estomac qui ressemble à un énorme sac rempli… L’enfer une fois encore. Sans parler de la honte, de la souffrance psychologique face à cette crise de plus et ce nouvel échec. Culpabilité d’imposer encore tout cela à Thierry, qui ne fait que souffrir davantage et qui semble vraiment en avoir marre de tout ceci… J’aimerais tellement ne pas avoir à lui imposer tant de problèmes et de souffrances, cesser de lui faire autant de mal…
Dimanche 1er janvier 2006
Les fêtes de fin d’année ont été pour moi des moments de joie et de bonheur intenses, avec les enfants, Thierry, mon entourage… Le père noël, les cadeaux, les yeux des enfants qui s’illuminent car ravis de ce qu’ils ont eu et heureux, beaucoup d’émotion, de forts instants que je ne suis pas prête d’oublier. Cela m’a permis de te mettre un peu entre parenthèses, et d’apprécier ce que la vie m’offrait. Tout simplement. Pas de crise de boulimie depuis celle du 19/12, et une alimentation que j’essaie d’augmenter un peu chaque jour. Je pèse aujourd’hui 44kg300 mais arrive à maintenir ce poids depuis quelques jours et à faire en sorte qu’il ne diminue pas. Je me sens bien moralement, et prête à continuer de me battre. Un peu d’appréhension pour mardi, car je reprends le travail et intègre un nouveau poste. Peur des gens que je ne connais pas, des fonctions complètement inconnues, des locaux nouveaux… Il va falloir te cacher, toi mon ennemie, pour ne pas qu’on te découvre. Personne là-bas ne doit savoir. Je ne veux pas attaquer un nouveau boulot en étant cataloguée comme quelqu’un de malade, faible, incapable d’apprendre et qui ne sera pas efficace. Je ne veux pas avoir à être jugée pour cela, montrée du doigt ou critiquée. Je dois mettre toutes les chances de mon côté pour réussir sur ces nouvelles fonctions. J’espère que tu sauras te faire discrète dans les semaines à venir, et me laisser un peu en paix.


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